17 octobre : Y aura-t-il un après cette fois ?

Le 17 octobre n’est pas sans précédent mais prolonge une mécanique à l’œuvre depuis 2016, estime Grégory Joron, policier CRS et secrétaire général d’UN1TÉ. Renseignement, moyens intermédiaires, judiciarisation...
Il appelle à changer de méthode pour que ses collègues ne subissent pas un nouveau samedi comme celui-ci.

Y aura-t'il une prochaine fois ? Cette question m’a heurté comme un uppercut après avoir entendu un ministre, sur un plateau de télévision, dire cette semaine que nous n’avions jamais été confrontés à ce qui s’est passé ce samedi 17 octobre.


La réalité, c’est que cela fait 10 ans, au travers des mobilisations contre la loi Travail, que les éléments radicaux d’ultra-gauche occupent tous les grands cortèges et mettent en pratique leur idéologie du chaos.

En 2018, les pillages massifs en fin de journée lors des premiers week-ends de Gilets jaunes sont venus s’ajouter au désordre.

En 2023, les émeutes post-« Nahel » ont fait apparaître pour la première fois une coordination évidente via les réseaux sociaux ou d’autres messageries cryptées pour casser, piller, s’en prendre aux institutions et aux forces de l'ordre.

Samedi 17 octobre est bien le regroupement de ces deux fléaux au service l’un de l’autre.

L’ultra-gauche, dans sa stratégie de chaos, tente de pousser les forces de l'ordre à la « bavure » pour nourrir son récit jusqu’à l’extrême et voit les pilleurs comme une force supplétive qui détournera une partie des effectifs et lui laissera un peu de champ.

Les casseurs/pilleurs, sachant que les FDO1 vont être bien occupées par les premiers, pillent, cassent et ravagent aujourd’hui de manière méthodique et coordonnée…

La mécanique est en place, elle est réapparue en 2016, a évolué en 2018, s’est affinée en 2023 pour nous amener à cette journée du 17 octobre 2026.

Des policiers exposés, débordés, obligés d’abandonner le terrain et leur véhicule pour sauver leur peau…

Visés par des cheminées jetées du haut des immeubles.

Au-delà des effectifs, avec plus de monde, aurions-nous évité ces faits ?

Nos méthodes sont-elles encore efficaces face à ces risques, ces violences, cette détermination à s’en prendre à tout ce qui peut représenter l’ordre ?

10 ans de retard pour nos autorités.

Le maintien de l’ordre et son basculement vers des situations insurrectionnelles sont aujourd’hui concrets.

Il faut donc définitivement réfléchir sur 3 axes, 3 temps.

Que peut-on faire de mieux avant ? Renseignement, outils administratifs et judiciaires, pré-service2.

Tout ce qui peut permettre d’éloigner les éléments radicaux, UG3 ou UD4, et les pilleurs des cortèges le jour J.

Le jour J, une réflexion sur les moyens intermédiaires, sur le niveau acceptable de désordre avant l’engagement, et enfin sur l’évolution de la communication en temps réel… Aujourd’hui inexistante, elle nourrit les ressentiments, même auprès de citoyens plutôt neutres, par manque d’explications.

Enfin, la judiciarisation : tout est à faire pour solidifier nos procédures, nos éléments de preuve et les éléments constitutifs des infractions, souvent balayés du côté de la justice.

Le marquage à la peinture indélébile pour les pilleurs et les casseurs : au-delà de l’inconfort que cela peut représenter pour eux, ils seront identifiables de loin. Cela doit devenir un élément de preuve pour une intervention décalée dans le temps, quand le délinquant va vouloir quitter les lieux, dans les transports par exemple.

D’autres réflexions doivent être poussées sur le bean bag 5 également, en situation insurrectionnelle. Des moyens à fort impact sont nécessaires.

Cela passe par de nouveaux modes d’action, de nouvelles stratégies, et ce n’est pas remettre en cause le savoir-faire historique de nos unités spécialisées que sont les CRS, EGM6, ou CI7.

C’est simplement avoir la lucidité de dire que le cadre est posé et que, dans ce cadre, des évolutions sont nécessaires pour mieux protéger, intervenir au plus près et casser l’impunité de ces deux fléaux.

Il en va du contrat social de notre République, de la collecte des impôts et du mandat donné à la police pour user de la force publique afin de protéger les personnes et les biens.

Nos concitoyens attendent qu’il soit respecté, et ils ont raison.

UN1TÉ fera tout pour qu’aucun autre 17 octobre ne soit subi par les policiers. Il en va du contrat social, de la promesse républicaine et de l’honneur des policiers que nous représentons.

Grégory Joron

Notes

  1. Forces de l'Ordre. ↩︎
  2. filtrage, palper pour vérifier si les gens n’ont pas d’arme. ↩︎
  3. Ultra Gauche. ↩︎
  4. Ultra Droite. ↩︎
  5. munition non létale de calibre 12. ↩︎
  6. Escadrons de Gendarmes Mobiles. ↩︎
  7. Compagnies d'intervention. ↩︎

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