Vendredi dernier, 4 septembre, les syndicats de police étaient enfin reçus place Beauvau par le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez. Un rendez-vous dont ils sont ressortis « incompris », et qui a déclenché, quelques minutes à peine après sa conclusion, le premier jet de menottes au sol devant un commissariat parisien à l'appel d'UN1TÉ. Depuis, casques, menottes et autres attributs symboliques du métier continuent d'être déposés à terre par les policiers, mais aussi par des personnels administratifs, techniques, spécialisés et scientifiques (PATS, PTS), dans plusieurs villes de France.
Un rendez-vous qui tourne court
« On a surtout le sentiment de sortir de là incompris », a résumé Grégory Joron, secrétaire général d'UN1TÉ, à l'issue d'une réunion de plus d'une heure. Pour Linda Kebbab, secrétaire nationale UN1TÉ, ce rendez-vous, présenté comme l'occasion de corriger l'injustice dénoncée depuis juin, s'apparente à « une mauvaise pièce de théâtre », le ministre n'ayant rien proposé, à ses yeux, aux agents de la base. Une image subsiste dans leur tête : « Des millions pour une poignée et des miettes pour ceux qui font tourner l'Intérieur ».
Dans la foulée de cette annonce, une centaine de policiers ont jeté leurs menottes au sol devant un commissariat du centre de Paris. Un geste organisé à l'initiative d'UN1TÉ, qui ouvre officiellement ce que le syndicat qualifie de « bras de fer, ferme et courageux », et qui a essaimé dès le lendemain dans toute la France : Nancy, Saint-Dizier, Dijon ou encore Quimper,... Les jours suivants d'autres rassemblements ont suivi. Fait notable, ce mouvement ne se limite plus aux seuls policiers en tenue : des agents administratifs, techniques et de la police scientifique y participent également, dénonçant des arbitrages financiers rendus en faveur de la hiérarchie et au détriment de ceux qui, au quotidien, « tiennent l'institution », pour reprendre les mots de David Didier, secrétaire départemental d'UN1TÉ 54.
Ce week-end, la mobilisation s'est également invitée à la braderie de Lille : une trentaine de policiers se sont rassemblés dimanche midi devant la Préfecture, à l'appel d'UN1TÉ, pour dénoncer la même différence de traitement avec les commissaires.
Une colère née trois mois plus tôt, et un élément déclencheur révélé par UN1TÉ
Pour comprendre l'ampleur de cette séquence, il faut remonter au 16 juin dernier. Ce jour-là, au comité social d'administration ministériel, les commissaires de police (les commissaires siègent en instance grâce au bénéfice du report des voix des policiers du CEA qui votent Alliance et UNSA lors des élections professionnelles - ndlr) ont voté leur propre revalorisation salariale, pouvant atteindre 1 350 € par mois. UN1TÉ.MI FO a été la seule organisation à voter contre ce texte à l'unanimité de ses représentants. Cette même fédération syndicale a rendu publique et contesté cette réforme, alors même que la rigueur budgétaire reste imposée à la base.
C'est UN1TÉ qui a immédiatement porté la contestation, rejoint par Alliance Police Nationale. Une manifestation a été fixée au 30 juin devant la Direction des ressources humaines (DRHFS) à Bercy où plusieurs milliers de policiers sont descendus dans la rue pour exprimer leur colère face à ce qu'UN1TÉ a qualifié de « mépris de classe ».
Le 8 juillet, UN1TÉ et Alliance étaient reçus par le ministre. Le premier y portait une série de revendications précises : Déplafonnement de la bonification retraite, hausse de l'indemnité de sujétions spéciales de police (ISSP), cumul emploi-retraite, revalorisation de la grille indiciaire pour rattraper le reclassement des gradés (par ailleurs attaqué par UN1TÉ devant le Conseil d'État), revalorisation de l'IFSE pour les PATS, et création d'un statut particulier pour les personnels techniques et scientifiques.
Le ministre s'était alors engagé à un retour sous 10 jours..., intervenu le 4 septembre. Entre-temps, le ministère annonçait un report de six mois de la promotion au grade de Chef, initialement prévue au 1er janvier 2027 et repoussée au 1er juillet. La coupe était pleine : UN1TÉ appelait alors l'ensemble des fonctionnaires de police à lever le pied et utiliser le code 1132 de la main courante informatisée.
C'est sous cette pression, entretenue depuis juin par UN1TÉ, que l'entourage du ministre a fini par détailler, vendredi, des mesures compensatoires jugées trop faibles par UN1TÉ au regard de l'ampleur des attentes de la base.
Un précédent qui n'a pas fini de résonner
Le geste n'est pas anodin. Il y a six ans déjà, en 2020, la base policière avait jeté ses menottes au sol pour signifier son rejet du ministre de l'époque, Christophe Castaner. « Les flics de France ne considèrent plus Christophe Castaner comme le supposé premier flic de France. Il nous a lâchés, il nous a jetés en pâture », avait alors dénoncé Yves Lefebvre, secrétaire général d'UNITÉ SGP POLICE (devenu UN1TÉ). Un mois plus tard, le ministre était remercié.
Et ce type de démonstration de force pèse doublement. Linda Kebbab avait prévenu, avant même la tenue de la rencontre du 4 septembre : « En fonction du rendez-vous de ce vendredi, nous n'attendrons pas onze jours pour faire entendre notre colère. »
La réponse n'a pas tardé.
Carlo C.