mardi, mai 21

L’investigation en danger

Pour confronter un projet à la réalité, quoi de mieux que d’aller au plus près des enquêtrices et des enquêteurs pour prendre la température ?

Voilà pourquoi nous sommes allés au contact de nos collègues sur le terrain, dans leur service. Ce fut le grand écart (de températures) en quelques jours, entre le Var et les Ardennes. Toutefois ces déplacements furent riches d’enseignements…

Nous avons pu prendre le pouls de l’ensemble du spectre des services d’investigation (GAJ/SU/SD/PJ) et le diagnostic est partout le même : le mal est profond.

Si près de 900 kilomètres séparent ces deux départements, les OPJ et APJ rencontrent les mêmes écueils, et les maux sont identiques.

Toujours les mêmes problématiques qui mènent immanquablement à la perte du sens de la mission : stock de dossiers, procédure pénale, PPN, effectifs, horaires…

Comment rester insensible lorsqu’un enquêteur d’expérience vous dit : « On n’y arrive plus. Les stocks augmentent. On ne s’en sort pas. Sommes-nous devenus mauvais ? ». Il est de notre rôle de le rassurer sur ses compétences et de l’informer que ce sont de nombreux paramètres, qu’il ne peut pas maîtriser, qui le mènent à se poser cette question inquiétante.

Les solutions existent

Voici quelques semaines, au travers d’une série de communications, UNITÉ SGP POLICE déclinait plusieurs propositions et appelait de ces vœux, un « Plan Marshall Investigation ».

Des propositions simples et frappées de bons sens : plus d’effectifs, la fin du « tout plainte », plus d’encadrement de proximité, une répartition de la charge vers d’autres administrations et une réflexion sur les rythmes de travail.

Lorsque nous avons évoqué ces différents items avec les enquêteurs et enquêtrices de terrain, cela paraissait une évidence !!! Des débats enflammés, des attentes pragmatiques et une réelle envie de voir leur quotidien s’améliorer. Car il ne faut plus se voiler la face, nous pouvons parler de réelle souffrance au travail dans les services d’investigation de la Police Nationale. 

Voilà pourquoi ils n’attirent plus.

Les propositions de notre “Plan Marshall Investigation”

Mais quelle ne fut pas notre surprise de constater que le rapport produit par une mission inter-inspections IGA/IGPN/IGJ, mandatée par lettre de mission conjointe du Ministre de l’Intérieur et du Garde des Sceaux sur les stocks de dossiers, préconise aux travers de 17 recommandations des pistes d’améliorations similaires aux nôtres !!!!

La priorité n°1 : des effectifs

Entendus par ladite mission, nous avions attiré leur attention sur les 32 % maximum d’enquêteurs dans un service, ratio totalement déséquilibré dès lors qu’est pris en compte le continuum de sécurité (Polices Municipales, UFM…). Demandez aux BSU de SANARY-SUR-MER et de SEDAN, s’ils sont assez nombreux pour assurer la mission de police judiciaire sur leurs circonscriptions !!!

Réfléchir à de nouveaux rythmes de travail : Semaine de 4 Jours

Là encore, l’une des recommandations rejoint notre réflexion du moment sur la semaine de 4 jours. Assouplir les conditions de travail des enquêteurs pour rendre les services d’investigation attractifs est une piste clairement identifiée.Confronté aux enquêteurs varois et ardennais, notre projet obtient très majoritairement l’adhésion des agents, et les échanges ont permis d’enrichir notre réflexion.Toutes et tous voient dans la création et l’ouverture du groupe de travail de la Direction Nationale de la Police Judiciaire en tout début d’année 2024, un message d’espoir. Nombreux sont ceux qui nous ont déjà demandé de pouvoir expérimenter la semaine de 4 jours. Il faut que notre institution y voit là, une bouffée d’oxygène nécessaire à une filière en apnée.

Yann Bastière

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