mardi, mai 21

Investigation : de la médecine de guerre

En immersion dans les Services de l’Accueil et de l’Investigation de Proximité (SAIP) des commissariats de police des 19ème et 20ème arrondissements de Paris, nous avons rencontré les enquêtrices et enquêteurs.

Récit du vrai visage de la crise de l’investigation au sein de la Préfecture de Police.

Ce visage est celui de très jeunes policiers, stagiaires ou à peine plus, souvent contraints d’exercer en investigation, et aspirant dès que possible à rejoindre la voie publique, générant de facto un turn-over incessant.
Très peu d’OPJ, avec forcément peu d’expérience, on y rencontre quelques rares encadrants dont la mission est essentiellement la gestion du stock de dossiers.

Trop de dossiers par enquêteurs et peu de moyens pourtant essentiels

Des armoires et bureaux saturés de dossiers et aucun espoir de voir la situation s’améliorer. Un volume d’enquêteurs insuffisant, les effectifs des groupes qui diminuent, où l’on ne remplace pas systématiquement celui qui part, et les tensions qui apparaissent…

Côté véhicules, nécessaires pour mener une enquête hors les murs, la Brigade Locale de Protection de la Famille (BLPF), n’en est pas dotée et doit emprunter celle de la BAC, quand cela est possible. C’est pourtant cette brigade qui est chargée des violences intra-familiales et de certaines atteintes même sexuelles contre les mineurs.

Des policiers et un rythme de travail à bout de souffle

Le tableau est sombre et le serait d’autant plus tant les témoignages de ces jeunes flics sont nombreux. Sans filtre, ils nous ont décrit leur quotidien et des conditions de travail dégradées, impactant immanquablement leur motivation. Nombreux souhaitent quitter la filière judiciaire rapidement, malgré leur intérêt pour l’enquête. « Bosser dans de telles conditions ce n’est pas possible. La charge mentale est permanente. La jauge des GAV est souvent dépassée. 2 ou 3 dossiers par jour et par enquêteur, c’est fréquent en Brigade de Traitement Judiciaire en Temps Réel (BTJTR). C’est épuisant ».

Au gré des conversations, le rythme de travail est souvent évoqué, dont ce régime hebdomadaire classique avec des permanences de week-end trop récurrentes. « Avec les temps de transport, ma vie c’est métro-boulot-dodo. Il m’est très compliqué d’obtenir un rendez-vous médical ».

L’investigation n’y tient plus que sur la volonté et la résilience des enquêtrices et enquêteurs. Le système, rapidement, les épuise et dégoûte. La machine à perdre est en marche, et il est urgent de trouver des solutions pérennes pour redonner de l’attrait à la filière judiciaire.

Nous n’en sommes plus à l’état des lieux, il faut engager des travaux tant l’édifice est chancelant.

Il importe de redonner de l’attrait et ses lettres de noblesse à cette « investigation de commissariat » qui œuvre au plus près de la population, la sert, afin qu’elle apporte un service de qualité plutôt que d’assurer une « médecine de guerre ».

Yann Bastière

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